J47 à Bord de l’Astrolabe

6h30. Le roulis de L’Astrolabe a cessé.

Cette stabilité inédite depuis 6 jours me sort immédiatement de mon sommeil. Je m’habille et monte rapidement en passerelle pour découvrir où se situe le patrouilleur dans son approche de la baie et du port d’Hobart. J’oublie d’emporter mon appareil photo si bien que les lumières du soleil rasant de l’aurore impriment seulement ma mémoire au moment où nous passons le phare de Fort Hill.

3 heures plus tard après une remontée de la rivière d’Hobart qui me rappelle à quelques égards le goulet de Brest, L’Astrolabe accoste au cœur du port d’Hobart.

Nous apprécions tous collectivement ce retour sur l’ïle de Tasmanie : de la verdure, de la végétation, des habitations, de la vie urbaine, … les meilleurs nez du bord auront sans doute senti les odeurs de la terre … L’accostage est aussi l’occasion de faire embarquer les connexions internet, de donner de nos nouvelles et reprendre des nouvelles de nos proches. Nous avons fonctionné pendant 6 jours avec un seul ordinateur disposant d’une connexion limitée à une boite de messagerie commune qui se mettait à jour 4 fois par jour. Autant vous dire qu’elle était réservée pour les messages nécessaires. Le superflu a été raboté. Cette traversée aura été l’occasion d’une mise sur la touche de notre stress de connectivité que nous connaissons tous dans nos emplois respectifs (et nos vies respectives). Au moment de rallumer nos boites de messagerie, chacune et chacun s’indignent faussement du nombre de mails tombés dans ses boites aux lettres. Après un sevrage bienvenu, nous reprenons tous notre course effrénée au devant de l’avalanche numérique. Une prise de conscience certes trop courte pour être prolongée, mais qui a le mérite de reposer nos cerveaux saturés en sollicitation numérique.

Il faut remettre les mains dans le cambouis et commencer à nettoyer nos chambres pour les suivants.

La seconde partie de la journée nous réserve une surprise puisque les dirigeants de l’Ifremer australien nous ont convié à une visite de leurs installations pour remercier l’Institut polaire et l’équipage de L’Astrolabe de leur déroutage vers le Mertz pour porter assistance à leur navire scientifique l’Investigator en début de semaine dernière. Nous y découvrons les instruments les plus high tech au service de la recherche marine ainsi qu’une extravagante collection inédite de 160 000 espèces de poissons conservés dans de l’éthanol. Ils sont spécialisés dans les collections de requins, raies et autres espèces de grands fonds. Ils découvrent une nouvelle espèce tous les 10 jours …

A 17h, à la sortie de la visite, je contacte Hélène par téléphone pour réentendre nos voix après une dizaine de jours de silence. Il y a des silences moins agréables que d’autres et que nous étions l’un l’autre pressés de pouvoir briser grâce aux outils numériques : les bons et les mauvais côtés d’un même dispositif informatique !!! Toute l’ambiguïté de l’ultra connectivité !

Ce soir je passe ma dernière nuit à bord ! Mais je dors mal car le roulis n’est plus là pour me bercer et le ronronnement des machines ne couvre plus les bruits du bord.

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