J41 à bord de L’Astrolabe

Le sabord du hublot abaissé, je suis plongé dans le noir pour la première fois depuis 5 semaines.

Je me réveille 9h plus tard. Je monte au restaurant du bord une coursive au-dessus et j’attends avec les autres. Le vent semble s’être calmé mais pas tant que ça. Le doute subsiste. Après un premier travail de mise au propre de mes notes de la réunion de la veille, je monte en passerelle pour découvrir la zone de pilotage des opérations de navigation. Pendant mon passage, j’entends l’échange entre le bord et la météo de la station. Je comprends que le vent devrait faiblir en fin de matinée ouvrant une fenêtre pour la manœuvre de départ.

Je fais le tour des ponts et débordées du navire. Nous y avons accès en totalité.

A 9h30, le commandant de bord réunit l’équipage pour le brieffing de manœuvre d’appareillage. L’heure annoncée pour appareiller est 11h00. Le timing est respecté. Nous montons sur le pont supérieur où nous dominons l’archipel. Le vent est toujours à 15 nœuds, mais les rafales sont plus faibles.

11h ! La dernière haussière est larguée.

Le navire fait machine arrière et fait sa manœuvre dans la zone d’évitage. Tous les dockers du Lion nous saluent et quelques collègues descendent la passerelle en courant pour un dernier salut.

Puis cap au nord !

Nous slalomons entre les premiers icebergs du jour. A l’horizon la ligne de pack est visible. Elle apparaissait déjà sur les images satellites de la veille. Seule son épaisseur est incertaine. C’est un flux de pack en sifflet en provenance de la mer de Ross. La polynie des glaciers Mertz et Ninnis l’alimente. Le plus épais du pack est à venir, mais serons en avance sur lui ou sera-t-il plus rapide. Avant de rentrer dans ce courant de plaques de glace, nous avons tout juste le temps de déjeuner. Alors que je remonte au pont supérieur, le spectacle peut commencer pour quelques heures. Le patrouilleur polaire entgame sa remontée des plaques. C’est un jeu de billards à 3 bandes. Le choc contre une plaque nous déporte sur la deuxième qui nous renvoie vers la troisième et nous fait éviter la quatrième. Les scènes se répètent. Le pilote des glaces cherche les rivières et ordonne de mettre cap au Nord Ouest pour se mettre dans le sens de la dérive du pack et ainsi avoir d’avantage d’espaces entre les plaques. Puis il fait monter l’observatrice des « coast guards » dans le nid de pie pour s’assurer que la mer libre est dans le bon cap. Elle confirme la mer libre. Je suis surpris de n’apercevoir que très peu d’animaux sur les plaques. Un phoque et deux empereurs constituent notre maigre collecte.

La vitesse du navire est de 5 nœuds. Cette vitesse lui permet de ne pas heurter les plaques trop vite et de ne pas être à l’arrêt après un choc.

Une fois la mer libre de glace il prend de la vitesse et file 12 à 14 nœuds. Il remet cap au Nord Est.

Les icebergs se mettent à défiler devant moi en haut du nid de pie que j’ai rejoint avant que le pack ne soit trop loin. L’archipel de Pointe Géologie joue à cache-cache derrière les derniers bergs qui se glissent entre nous et le continent. La pente de la rampe vers les hauteurs de la calotte est toujours impressionnante.

A ma redescente, les observations animales commencent et se succèdent : manchots adélie, Skuas, damiers du cap, Fulmars, empereurs, océanites, phoques, pétrels géants (communs et blancs) et la reine des eaux libres : la baleine ! Nous en apercevons 6 dont une que nous suivons de très près avant de la voir sous notre tribord. A 17h c’est le brieffing des activités de chaque groupe : météo, logistique, opération … Nous y apprenons que notre traversée devrait être clémente. Une houle de 3 m demain sera notre paroxysme. Nous y apprenons également que nous passons cette nuit à l’heure d’Hobart. +10 h par rapport à Brest, fini le décalage horaire de 9h. Cette nuit donc il sera 3h au lieu de 2h…. Mais cette nuit il se passera bien d’autres choses autour de 2h du matin. Le changement d’heure passera au second plan.

Pour l’heure, nous nous remettons à nos postes d’observation jusqu’à l’heure du diner. Ce soir se sont les tribordés qui mangent au premier service de 19h. Nous autres les babordés nous mangeront au deuxième service de 20h.

Sorti de table, je ressens la lourde et puissante fatigue me tomber sur les épaules et les yeux. La décompression de la première partie de mission menée tambour battant et les effets secondaires du patch collé derrière notre oreille pour réduire les effets indésirables du mal de mer !

A 21h30 je suis sous la couette dans ma bannette supérieure bien bercée par la houle, qui elle aussi est lourde et puissante.

 

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