J40 à DDU et à bord de l’Astrolabe

Faux départ.

Le vent de la nuit n’a pas faibli. Toute la nuit je l’ai entendu et ce matin je l’entends encore. Mes affaires sont prêtes. Ma tête est prête. Mon corps … je ne sais pas. Les montagnes de mer m’attendent pendant 5 jour. Je n’ai jamais marché 5 jours d’affilée en montagne. Je n’ai jamais navigué plus de deux jours et une nuit/ Mes destinations maritimes les plus exotiques sont l’Irlande, Minorque et la Corse.

Ces trois ascensions sont à peine en 1ère catégorie. Peut-être la traversée de la mer d’Irlande par fort vent et forte houle aurait pu prétendre à un classement en deuxième catégorie, mais je n’avais pas rencontré de telles conditions climatiques.

Je m’apprête à m’attaquer à un col hors catégorie. J’ai écouté les quelques conseils glanés. Il faut attendre les premiers lacets pour savoir si l’ascension sera une promenade de santé ou un chemin de croix. Il ne faut pas se référer aux traversées précédentes. Chacun son histoire avec L’Astrolabe.

J’en étais là dans mes premières phases de préparation mentale, quand le réveil de Rémi a sonné et m’a poussé hors du lit pour attaquer ma dernière journée à DDU. Très vite cette journée s’est a été amputée. Dès mon arrivée à bord de l’Astrolabe dans la salle de réunion IPEV pour participer à une ultime réunion entre l’Institut polaire et le commandant actuel de L’Astrolabe et ses officiers, la nouvelle tombe. La météo du jour est trop venteuse. Un possible ralentissement de la vitesse du vent en tout début d’après-midi pourrait permettre un appareillage. En 2 min la décision est prise ! Le programme initial est modifié. Au lieu d’embarquer à 16h, nous embarquerons à 13h.

Tout s’enchaîne. La réunion sur les infrastructures portuaires futures de DDU se déroule, puis je remonte vers 10h30 à la station haute pour redescendre au dortoir été récupérer mes affaires. Le repas avancé à 12h00 est avalé et la procession vers le patrouilleur polaire se déclenche. J’ouvre la marche sur la passerelle. Le passage entre la centrale et le « sipo » est difficile face aux rafales qui grimpent vers le sommet dans les couloirs de vent. Le dernier passage devant la colonie d’étude Antavia nous révèle la vitesse de croissance des poussins d’Adélie. Puis nous enjambons le garde corps pour une dernière acrobatie vers le chenal du Lion qui n’a pas encore débâclé. L’île du Lion sera resté une presqu’île pendant ma mission. Les berges du chenal sont fracturées, les bas côtés de l’ancienne voie empruntée par les engins sont mités par des trous d’eau. Nous nous approchons du patrouilleur en ordre dispersé. Nous nous abritons des rafales derrière un conteneur. Le responsable des opérations fait éclater notre groupe en quelques minutes en prononçant sa sentence : les partants doivent monter à bord, car l’appareillage peut se précipiter en cas d’ouverture d’une fenêtre météo. Les embrassades, les hugs, les serrages de main, les accolades s’accélèrent. Nous avons deux partants singuliers : deux derniers hivernants de la TA 73. Servane et Thomas sont arrivés en novembre 2022. Ils ont fait un début de campagne pour prêter main forte aux équipes d’ornithologues et l’équipe de menuiserie. Une fois à bord, l’attente de la nouvelle prévisible commence. Elle se poursuit jusqu’à l’annonce par le commandant à 17h qu’il n’y aura pas d’appareillage avant l’ouverture de la prochaine fenêtre météo demain.

Faux départ ?

Pas vraiment. Le sas du départ de la station s’est ouvert. Je coupe avec l’île des Pétrels et la station Dumont d’Urville. Je défais mon sac dans la cabine n°10. Je suis dans la bordée bâbord de la coursive bleue du pont inférieur. Mon hublot donne sur la piste du Lion, soit vers l’Est. Demain après sa manœuvre et son changement de cap, du sud vers le nord, je changerai ‘horizon. Lors de la traversée je verrai ou pas le soleil se coucher à l’ouest.

Le commandant, les officiers, le médecin, l’infirmier et le pilote des glaces du bord nous brieffent. Je ne suis pas seul à être primo-embarquant. Ils nous présentent les conduites à tenir en cas d’avarie, d’incendie, de voie d’eau et les équipements d’évacuation du bord. Nous terminons tous dans un life-boat.

Je ne ressens pas d’envie de reprendre la direction de Pétrels. Nous sommes considérés comme personnels embarqués si bien qu’il nous faudra diner à bord. J’ai envie de profiter du calme du bord avant d’entamer mon histoire avec L’Astrolabe.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Les voisins en Antarctique

Pointe Géologie

Fin de mission : retour au Goulet