J37 à DDU
J’avoue que j’ai vécu un vendredi 12 janvier sensationnel ! Il y a des alignements de planète pendant ma mission c’est dingue !!!
La veille au soir, Emilie m’avait proposé d’aller voir le raid partir. Ayant eu la chance et la joie de les voir arriver à Concordia, j’ai décliné la proposition et ai laissé ma place à quelqu’un d’autre.
Ma matinée du 12 janvier avait commencé le plus normalement et devait se poursuivre le plus normalement possible. A 10h je suis allé prendre un café. Normal ! Tranquille.
A 10h10, Simon un ingénieur instrumentation d’un laboratoire de sismologie fait son entrée dans le séjour et demande après un collègue. 5 min plus tard il est de retour contrarié et nous indique qu’il est à la recherche d’un nouvel aide de camp (un scribe) pour l’aider pendant sa manip’ de fin de matinée. Les quelques personnes présentes ne sont pas disponibles et déclinent la proposition.
Je me propose sans avoir bien compris de quoi il s’agissait. Je comprends que nous allons en mer. Nous nous préparons puis descendons avec le matériel vers l’anse du Lion. Au cours de la marche je comprends que nous partons depuis L’Astrolabe avec un navire de la Marine et que nous serons équipés de combinaisons intégrales de survie. Au fur et à mesure de la matinée et des préparatifs, je prends progressivement conscience que nous allons récupérer du matériel en mer : des équipements ont été positionnés par 100 m de fond pour enregistre les frottements du glacier Astrolabe le long de la vallée sous-marine glaciaire.
A vrai dire à ce moment de la journée je ne comprends pas encore comment nous allons pouvoir récupérer ces matériels. J’ai compris que j’allais devoir reporter les informations que Simon échangera par code avec les instruments sous-marins.
Je monte à bord de l’Astrolabe pour la première fois et me retrouve directement en local plongée : j’enfile la tenue intégrale de survie. Nous embarquons le matériel dans le zodiac et let’s go ! Mais pour où et pour quoi faire ?
Nous glissons sur le plan d’eau en direction de l’Est avec en ligne de mire des icebergs majestueux que nous observons depuis des jours depuis les points culminants de l’Île. Nous traversons quelques barrières de glaçons flottants. Les yeux écarquillés comme des gros calots, j’en prends plein la vue. Le plan d’eau est un lac, le soleil frappe à son zénith et nous glissons vers nos positions à l’aide de points GPS. Une fois à l’arrêt, Simon me fait descendre un émetteur par 5 m de fond. Il envoie un signal pour savoir si l’instrument est encore sur zone. Le premier instrument ne répond pas. Il passe à un nouveau signal pour le deuxième instrument. Cette fois-ci il obtient une réponse. Nouveau signal codé et cette fois-ci, il connaît la distance entre le bord et l’instrument. Nous interrogeons l’astrolabe pour connaître la bathymétrie des fonds à notre position. Puis après un rapide calcul selon le théorème de Pythagore, nous avançons vers le point d’échouage de l’instrument… Et après !!!
La magie opère. Nouveau signal pour ordonner le déclenchement d’un court circuit qui libère une goupille qui libère l’instrument de son socle et qui remonte à la surface grâce à des bulles d’air en verre sous le capot. Il n’y a plus qu’à attendre. En 10 minutes le flotteur remonte tranquillement à la surface. Pendant ce temps là je mitraille les icebergs et les paysages glacés flottants : des murailles, des châteaux, des tours, des plaques, des arches …
Les reflets sont étincelants !
Tout à coup l’instrument apparaît à 50 m de nous à l’aplomb d’un iceberg. Simon qui enchaîne des missions similaires aux quatre coins du globe vit sa récupération d’instruments la plus belle.
Nous l’amarrons au bateau et rentrons à petite vitesse à l’Astrolabe.
La sortie suivante est programmée à 16h30.
Nous prenons le temps de croquer dans un mini sandwich et retournons vider les mémoires du disque dur pour récupérer les données enregistrées depuis 12 mois.
Le temps ne passe pas très vite car maintenant je sais où je retourne en fin de journée. J’ai hâte de retourner voir ces paysages !
Nous réembarquons pour aller détecter les deux autres positions.
Nous en prenons deux fois plus dans la vue !
C’est nouvel effet WOUAHOU !
Nous arrivons sur zone Cette fois-ci nous sommes entre l’iceberg à voute et la langue du glacier. Echec. Simon demande au pilote des glaces de couper son moteur pour ne pas interférer le signal.
Réussite. L’instrument est à 237 m sous l’eau dans notre sud. Nous repartons. Nous reéinterrogeons l’instrument en étant à quelques hectomètres du glacier… Pas un bruit, la mer est d’huile. Il est à 180 m.
Le moteur ne démarre pas. Nous ne repartons pas. Nous vivons une avarie de mer en Antarctique. Les tentatives de redémarrage du pilote et les conseils des mécanos du bord ne sont pas concluants.
Nous dérivons au milieu des plaques de glace sous les icebergs.
Nous sortons les rames pour nous éloigner des tombants de l’iceberg.
Me voilà rameur sous le cercle polaire antarctique.
Je me pince !!!
Le bateau de l’Institut appelé à notre secours arrive sur zone et nous redépose à l’Astrolabe.
La journée se termine à 19h, les joues bien bronzées et des souvenirs éblouissants plein la mémoire.
La soirée peut commencer ! Elle clôture une journée que je n'aurai pas dû vivre même en rêve. Il a suffi que quelques planètes s'alignent ...
Merci au système solaire et aux exoplanètes voisines ....
La chance d'avoir vécu ça avec Simon une belle rencontre un hasard une belle journée quoi. Je ne savais pas que le théorème de Pythagore pouvait encore servir🤣
RépondreSupprimerIncroyable !!!!
RépondreSupprimerIncroyable !! Et vive le théorème de Pythagore !
RépondreSupprimerIncroyable, irréel, génial ! JBaptiste
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