J35 à DDU à la nuit tombante

Les promesses n’engagent que les personnes qui les écoutent. 

 Donc hier soir au moment de rentrer dormir et éponger un peu de ma fatigue accumulée par mes veilles rédactionnelles de chaque soir, j’ai changé d’avis face à la lumière particulière qui pesait sur l’archipel. Après la journée de neige, la réverbération de la lumière et des sons était attirante et intrigante.

A quelques jours du départ, en considérant les soirées à venir (jeudi de la science, soirée des partants, veille de départ…) je me suis dis qu’un dernier tour de « piste » serait le bienvenu.

Me voici donc parti pour une tournée de mes lieux favoris et un au-revoir aux amis Adélie.

Dès le promontoire du schuss, je saisi un premier Adélie en balade de début de nuit et le capture sur ma carte SD en me mettant à genou devant lui. Sans en prendre conscience, j’ai capturé un arrière plan bien frais. La photo est adorable.

Puis je descends vers l’abri côtier où je retrouve mon club de facétieux nageurs qui navigue d’un bord à l’autre de la plaque de la glace flottante sans savoir où se jeter à l’eau. Un sketch interminable. Finalement, un, puis deux, puis dix puis les 30 Adélie plongent dans l’eau du chenal Buffon pas encore occupé par L’Astrolabe qui fait ses ronds dans l’eau à 2 km du quai en attendant le démarrage des opérations portuaires le lendemain matin. Je grimpe au sommet du cap des léopards pour constater que les banquettes de glace ont fondu ou sont tombés à l’eau. Je remonte la passerelle vers l’anse des Baleinières en marchant sur une banquise bien épaisse où culmine une congère monumentale qui n’a que très peu bougée depuis mon arrivée il y a un mois tout juste.

Je longe la baie du pré en devinant au loin le chaos du glacier Astrolabe qui se déforme un peu plus chaque jour et en constatant que la manchotière du Nunatak du bon docteur s’est vidée de ses Empereurs et Adultes.

Je me faufile au pied du mont des géants où 70 ans la très grande colonie des Pétrels géants s’est faite délogée par les pionniers de l’île et leurs premiers successeurs. La colonie a migré vers l’ïle Rostand que j’avais arpenté dimanche dernier pour admirer ses oiseaux au style préhistorique.

Je marche dans une pente glissante et me retrouve au chenal Pedersen face à l’île du marégraphe et l’^le des hydrographes que j’avais mitraillé de photos en début de mission sous un chasse neige sous un soleil couchant doré. Les colonnes d’Adélie se déplacent sur la banquise et je me retrouve en fin de randonnée au rocher Jakobsen où la pénombre gagne la baie qui s’étend devant moi. La lumière est devenue enrobante. Un adélie bien curieux prend la pose d’un bouliste de Pagnol attendant son tour. Ses congénères s’activent pour attraper le dernier banc de krill….

Voilà, je crois que j’ai fini ma respiration insulaire. 30 jours se sont écoulés depuis mon arrivée dans l’archipel et mon attachement aux îles et leurs paysages aura été viscérale.

Mais il faut la quitter pour mieux la retrouver dans quelques longs mois : 24 ? 36 ? …

Cette fois-ci, si près du dortoir je ne rebrousse pas chemin et monte me glisser sous ma couette faire de beaux rêves.

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