J28 à CAP PRUDHOMME

Grâce à mes photos spectaculaires de survol en hélicoptère de la station de DDU et de mon arrivée à Cap Prudhomme vous avez déjà compris que j’avais eu le privilège de longer le glacier pour découvrir la station de départ du Raid. Je passe d’une station côtière avec son restaurant, ses dortoirs, ses laboratoires, ses ateliers … à une concession de tracteurs, déneigeuses et caravanes à ciel ouvert. Les personnels qui y travaillent sont les plus heureux du monde : mais il leur arrive de se plaindre : travailler capot ouvert dehors et devoir tout ranger (ou pas selon l’urgence) quand les vents et la beige leur tombent dessus. La station est sommaire bien qu’agrandie depuis sa création en 1994. EN 2004, une nouvelle série de 8 conteneurs sont venus rejoindre les premiers sur le radier métallique. Les conteneurs sont aménagés autour d’un lumineux couloir central dont l’éclairage est amplifié par une double baie vitrée dans les deux conteneurs de la salle à manger offrant une vue panoramique sur la baie et les îles de l’Archipel au loin. Tout le monde leur envie leur vue ! Le seul Hic c’est que tout le monde admire la vue lors de leur venue par hélicoptère … par jour de beau temps, puisque forcément si les visiteurs ont pu être acheminés là-bas, c’est que les conditions de vent et de visibilité étaient parfaites : genre grand soleil ou presque. Alors forcément, peu de visiteurs sont là-bas pour admirer les tempêtes et les chutes de neige. 18 personnes peuvent y résider entre deux raids. Quand le raid fait son aller-retour, 4-5 personnes demeurent dans la station autour de Tito le chef de la station, plus communément désigné « maire de Prudhomme ». Il affiche son expérience sereine. A l’une de mes remarques sur le fait que la campagne 23-24 était belle, il m’a aussitôt rappelé qu’il n’était pas possible d’être affirmatif 8 semaines avant son terme… Effectivement, il a du en voir des beaux débuts de campagne perturbés par des milieux ou fin de campagnes bien compliqués. Là-bas, on prend conscience que tout, absolument tout peut se dérégler : une pièce d’une machine, qui doit rouler sur le raid, un retard dans l’acheminement de matériels à livrer à Concordia, un oubli de livraison dans l’une des caisses de l’hélicoptère avant un brusque changement de météo. Ce qui frappe en premier quand on met le pied à Prudhomme c’est la pente qui s’élève devant soit. La station est à quelques décamètres au-dessus de l’eau, mais devant c’est un mur aussi raide que la pente de Sainte-Anne qui grimpe vers les différents points de la route du raid : D3, D10, D17, D47, …

D3 est en haut de la première rampe. Vous avez vu les photos quand j’y suis monté : on ne voit pas la station depuis cet espace de stockage des caravanes et traineaux du Raid.  Alors, tout le monde a peur d’y monter travailler à pied ! Il y a un danger à se perdre en redescendant…. Alors qu’il y a 500 m à vol de skuas !!!

Je suis accueilli avec respect, je pose des questions bêtes, maintes fois posées, mais Tito et ses habitants me répondent avec bienveillance, appréciant que je vienne m’intéresser à leurs sujets problématiques. Ce n’est pas parce qu’ils sont compliqués qu’il ne faut pas s’occuper de leurs problèmes. Leur première demande réside dans la construction d’un atelier pour réparer les tracteurs les plus puissants du Raid. Il faut trouver une solution et nous la trouverons. Il faut juste mobiliser un peu de temps et de constance sur le sujet. Depuis le début des années 90, la station s’est organisée autour de la fabuleuse épopée technique du raid : mettre au point des traineaux, des modes de tractions, composer des équipages endurants et endurcis pour traverser le désert blanc…. La station disposait de peu de capacité d’accueils pour y héberger d’éventuels travailleurs qui amélioreraient la station ou développeraient de nouvelles infrastructures. La station est à sa limite de développement alors que les besoins des raids logistiques et scientifiques sont croissants. Le machinisme déployé pour s’engager dans l’odyssée vers l’intérieur du continent n’a plus rien à voir avec les machines pionnières. Les infrastructures de réparation mécanique n’arrivent plus à suivre… Il va falloir réagir. La route vers Concordia compte sur eux ! Anthony, chef du raid, parfait ma compréhension des combinaisons de traineaux, caravanes, … et me présente la future caravane de 50 pieds qui sera inaugurée sur le prochain raid. Par contre avec raison et sagesse, il ne perd pas son temps à m’exposer les manip’s en cours des magiciens mécaniciens qui interviennent sur les machines… Il sait que je n’y comprendrai rien ! Par contre en les regardant faire, je me dis qu’effectivement il faut leur trouver une solution.

J’enchaîne avec une visite en solo des différentes installations pour prendre des notes et des croquis car ma prochaine visite à Prudhomme est lointaine.

Il est 17h30, l’hélicoptère a volé en cette fin d’après-midi pour se dépêcher de déposer à Prudhomme les pièces détachées tant attendues par les équipes pour finaliser les réparations !!! Je rentre alors à la maison après un dernier survol (sans photo, car j’étais persuadé que la batterie de mon appareil photos s’était épuisée d’avoir été porté trop longtemps en bandoulière…alors qu’en fait, mes lunettes polarisantes m’avait fait mal lire le message qui s’affichait sur mon écran : carte mémoire saturée … les 4200 photos et vidéos prises en 30 jours ont rempli la carte mémoire… je vous prive donc de belles lumières et de beaux paysages spectaculaires sur l’archipel pour une erreur de lecture d’écran…) Je me console en ayant la satisfaction personnelle d’en avoir pris plein les yeux sans que ma rétine soit entravée d’un objectif photographique).

A mon arrivée à Pétrels, je découvre les nouveaux arrivants du jour qui ont enfin quitté le bord après une traversée épique. Parmi les arrivants, la préfète des Terres Australes et Antarctiques Françaises et deux députés, Jimmy Pahun et Clémence Guesté, en charge de la commission des affaires polaires, des océans et des terres australes et antarctiques à l’assemblée nationale, qui nous donnent l’occasion d’entendre 3 discours et de partager un buffet d’honneur. Les navigateurs de l’extrême bien pâles après 5 jours de lessiveuse, sont pressés d’aller se coucher.

Comme moi à cette heure avancée de la nuit !

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