J8 à DDU

Réveil en sursaut ! 7h50 ! 

Le petit déjeuner se termine à 8h00 et je suis encore dans mon lit (du bas) au dortoir été. Malgré une ascension supersonique du chemin de corde, j’arrive trop tard à la machine à café. J’essore les dernières gouttes de la machine à café (en regrettant déjà la Machina a café des italiens de Concordia) et je grignotte un pignon de pain.

Le ventre un peu rempli je rejoins pour la première fois mon bureau vue « cloison » au bureau technique (j’irai provisoirement m’installer vue « Océan Antarctique » quand Florentin montera à Concordia à son tour).

J’ouvre et connecte mon ordinateur. Je prends alors vite conscience de la fragilité du système informatique et de télécommunication avec le monde. Après plusieurs tentatives de connexion et appels au secours de mon collègue informaticien, je fais le constat que je devrai attendre avant de réussir à envoyer et recevoir des mails professionnels. Je suis protégé du flux et de la matrice pour quelques heures encore …

Lundi prochain, j’espère me remettre sur la vague des Mégaoctets.

A ce titre après 15 jours de mission, je vous partage le constat que les 80 habitants de DDU sont tout autant coupés du flux mondial et français d’information que l’étaient les 63 habitants de DDU. Le bord de mer n’incite pas plus à la connexion aux réseaux d’informations. Pas de radio, pas de journaux, pas de télé. A part quelques infos glanées grâce à des confidence de l’ambassadeur des pôles (rejet de la loi de G.Darmanin au parlement) et à un whatsapp de mon frèrot m’informant de  la victoire brestoise à Metz, les propulsant à la 5 ème place de Ligue 1, j’avoue n’éprouver aucun manque. Le vaisseau Antarctique navigue dan s une autre ère temporelle. C’est assez incroyable ! Les radios de communication entre personnels, nous informent des conditions climatiques, des états de mer, des passages de collègues sur la banquise, des horaires d’appareillage de l’Astrolabe, du thème de la soirée de départ des hivernants … Cela reste très local !

Je me replonge dans mes dossiers informatiques pour confronter mes analyses et réflexions effectuées au siège de l’institut polaire français à Plouzané à la réalité du terrain ! Il y a un « gap » ! Ma présence ici sur le terrain est plus que bienvenue pour réduire cet écart.

Je mets au propre les propos échangés lors de nos deux réunions d’hier. Une fois les compte-rendus et relevés de diffusion rédigés, je suis dans l’incapacité de les partager, ma connexion informatique à ma messagerie me permettant de prolonger mon black-out (ce qui fait dire à Florentin, que je pourrai les imprimer et me rendre à la gérance postale de l’île pour les envoyer par courrier).

Ma journée de travail se termine par la rédaction de mes articles de blog : la version écrite pour les lecteurs et la version imagée pour les amateurs de photos ! A chacun son plaisir.

Thomas Pesquet réussit la prouesse de refaire une deuxième salle comble en 1 semaine dans les salles de conférence Antarctique. Les 80 habitants de l’île assistent donc avec grand intérêt à ses commentaires sur sa mission Alpha de 2021 à bord de la station ISS. S’en suivent 2 heures de questions réponses, qu’il prend plaisir à animer. Je me rends compte que mon niveau d’anglais est correct puisque la version française du jour est conforme à ce que j’avais compris la semaine dernière à Concordia lors de sa conférence en anglais.

Thomas Pesquet est très pédagogue et animé par la flamme du partage de son aventure spatiale. C’est incroyable ! Il est curieux, intéressé, soucieux de bien comprendre la question posée par son interlocuteur et d’apporter la réponse la plus exacte et personnelle possible. Même si certaines anecdotes sont constantes, il en trouve des nouvelles à 7 jours d’intervalles.

Sa présence à nos côtés dans les deux stations antarctiques est foncièrement motivée par un souhait de participer à des travaux scientifiques jamais réalisé (Il est le premier homme à subir des tests médicaux réalisés à la fois sur terre en Europe, en orbite dans l’ISS et sur le dôme C de la calotte glaciaire antarctique où habituellement le médecin de l’ESA met à contribution les hivernants français pour effectuer des protocoles médicaux, cognitifs, physiques …

Son autre motivation est celle de se servir de son expérience spatiale pour continuer de sensibiliser les populations à la fragilité de notre planète bleue (et blanche).

Pendant sa mission en Antarctique, il nous a révélé une autre motivation de sa venue : comprendre nos missions en Antarctique, découvrir les programmes scientifiques polaires, partager son expérience d’astronaute au sein d’une agence spatiale européenne bâtie sur un modèle de coopération entre les nations européennes (… et conduire des engins).

Je quitte le séjour vers minuit pour aller me reposer, la tête dans les étoiles que je ne vois pas.

PS : pour l’anecdote, sachez que lors de sa mission Alpha, il avait échangé avec les hivernants de la station de Concordia qui étaient ses plus proches voisins (400km).

En chemin, je ne peux m'empêcher de rester avec mon téléobjectif observer le manège des adélie et des empereurs. Les uns plongent en mer et ressortent dans un saut élégant sur le front de banquise. Les autres viennent s'empiler les uns derrière les autres en restant hébétés devant une fissure de 30 cm. Je suis alors persuadé que l'un d'entre eux va s'élancer et j'attends dans le vent... pour rien. Ils ne bougent pas d'un millimètre. Je rejoins mon lit 1h00 plus tard.

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