J12 à DDU

La semaine commence en douceur le lundi matin. Les 64 occupants de l’Île sont réunis en salle séjour pour être informés du programme de la semaine : le chef de district, le chef des opérations, la médecin, la cheffe technique, la coordinatrice science, l’agent d’entretien prennent successivement la parole. Pour les hivernants, la semaine est dédiée au montage des équipes pompiers, rescue et santé et aux premières formations associées.

A la suite, les équipes technique et logistique se réunissent pour évoquer planifier leurs chantiers de la semaine.

Il est 9h, tout le monde prend son poste rapidement (pour s’étonner collectivement 3h plus tard que la matinée est passée super vite).

La population de l’île se compose de plusieurs ensembles qui relèvent de répartitions différentes :

-          Répartition saisonnière : Les hivernants et les campagnards ; les premiers passeront une année complète, les seconds quitteront progressivement et successivement la station au fur et à mesure des prochaines rotations de bateau

-          Répartition par employeur : les TAAF, les météo(-France), Les IPEV (Institut Polaire Français), Les scientifiques (multiples employeurs selon leur disciplines), Les invités (l’ambassadeur des pôles, les inspecteurs australiens, les députés, la préfète des TAAF, Thomas Pesquet)

-          Répartition professionnelle : les administratifs, les techniques (maçons, menuisiers, mécaniciens, électriciens, plombiers, chauffagistes,…), les logistiques, les cuisiniers et boulangère, le médecin, les scientifiques (biologistes, écologues, ornitho, glaciologues, …), les prévisionnistes météo, les techniciens communication, les informaticiens

-          Répartition par expérience : les vénérables anciens qui ont plusieurs années antarctique en cumulé, les piou-piou comme moi

-          Répartition géographique : Pétrels, Le Lion et les lionceaux, Cap Prudhomme

-          Répartition par lieux de couchage : dortoir hiver, et dort’été (Dortoir été).

-          Répartition régionale : les bretons, le vosgien, ….

-          Autres répartitions : Les couches-tôt, les couches-tard, les ronfleurs, les gourmands, les sportifs, les musiciens, …

Au stade actuel de la campagne, les repas du matin, du midi et du soir sont l’occasion de permuter les tables. Tout le monde se mélange pour se lier. C’est naturel et agréable !

Les chantiers battent leur plein. Ils avaient été perturbés la semaine précédente par les passations entre les techniciens des deux hivernages. Cette semaine, ils repartent de plus belle. Au biefing, les demandes de renforts ponctuels ont été lancés, les corvées de vivre ont été annoncées, si bien que malgré ma demi-activité de bureau, je me retrouve à quelques occasions manœuvres. Florentin avait annoncé un besoin d’équipe à 13h30 après le repas pour tirer 100 m de canalisation entre la centrale et le laboratoire de biologie marine. Ils avaient installé des supportages pendant plusieurs jours au marteau perforateur, les voilà à se contorsionner sous les passerelles pour poser la canalisation mère avec plusieurs tuyaux (ou circuits pour les pros) à l’intérieur d’une couche d’isolant.

Finalement dès 10h30, lui et Didier lancent un appel radio pour disposer d’un groupe pour dérouler la canalisation. Aidés par « Pépite » au tractopelle qui soutient la matrice, nous déroulons une canalisation « bien froide » et bien raide sur 100 m dans le dédale des « routes » de la station haute. Finalement emportés par notre élan, nous les aidons dans la foulée à la glisser sur son support.

11h45 l’opération est terminée. Certains sont éreintés (moi) d’autres ont le sourire après l’effort. J’ai le droit à mon petit déodorant local avec une coulée de tuyaux d’évacuation qui se répand sur ma combinaison de travail au moment de le retirer vers la zone de stockage des tris de déchets (qui reviendront en France pour être traités). Je suis bon pour un aller retour à pied au Dort’été pour changer mon pantalon. Cette station a vraiment besoin d’un bon coup de modernisation : où sont les vestiaires des équipes de chantier avec casier à disposition… En attendant que j’avance sur mon dossier de jouvence des installations, j’escalade et redescends à deux reprises (aller-retour) le mont qui sépare la station haute de la station basse. L’après-midi est plus tranquille, jusqu’à 16h30, moment choisi par les logisticiens pour décharger une douzaine de cages et caisses métalliques devant les magasins de réserves. Branle-bas ! La corvée de vivres doit démarrer. Nous commençons par remplir la réserve de vivres de secours (en cas de problème plus ou moins grave sur les magasins courants). Comme en métropole, notre chaîne humaine a transporté beaucoup de papier toilette, de farine (T80, T150, T170…), de pâtes, de riz, d’huile et des conserves. Nous enchaînons sans mollir pour une nouvelle chaîne dans les magasins de la station haute (magasins secs, magasins à +4°C, chambre froide) : boissons, épices, riz, pâtes, légumes (pommes de terre), fruits (pommes, oranges, …), des conserves, …. Certains sont éreintés (moi) d’autres ont le sourire après l’effort. Ces chaînes humaines sont un excellent accélérateur de vie en communauté. AU bout de 1 min les lancers et réceptions de colis en tout genre font rire tout le monde et les chaînes de lancer finissent inexorablement par se croiser. Sophie, le médecin est parmi nous et finit la séance contente : il n’y a pas de blessés légers à déplorer.

Nous enchaînons avec un repas réconfortant à l’issue duquel a lieu le tirage au sort du père noël secret !

Je passe ensuite le début de soirée à essayer de régler mes problèmes d’accès à ma messagerie professionnelle. Il est 22h30, je pourrai aller dormir, mais la lumière du soir est de nouveau tentante et je m’octroie une pause photographique de fin de journée dans l’étirement sans fin d’un coucher de soleil à deux jours de notre solstice d’été.

J’admire le soleil se coucher sur la ligne d’horizon au sud, barré par la calotte glaciaire qui culmine à haute altitude et qui nous prive d’une journée sans fin. La luminosité est comme en plein jour, mais le soleil disparait sur la ligne d’horizon.

C’est magnifique !

Il me reste deux dernières chose à faire avant de m’endormir. Tout d’abord je veux retrouver le point de vue de la photo qui illustre le bandeau de mon blog. J’ai imprimé l’image et me voilà à 23h à déambuler dans les cailloux autour du chemin de corde pour repérer la perspective. Je la trouve au milieu des colonies d’Adélie. Mon cliché ne peut donc pas être précis, puisque je reste à l’écart des adultes qui couvent leurs œufs.

Ensuite, je veux terminer mon troisième roman avant de m’endormir. Les naufragés du Wager m’accompagnent quelques minutes jusqu’au mot FIN.

Bonne nuit !

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