J11 à DDU partie 1 et 2
Dimanche soir 22 h 30
Fin du J11 et de la journée de repos dominical. J’ai mis à profit cette journée fraîche et ensoleillée pour me détendre et me reposer. Sauf que, il me plaît de partager ce que je découvre avec mes yeux de grand enfant dans cet archipel de Pointe Géologie. Donc, j’ai passé ma fin d’après-midi à rédiger les deux posts sur ma journée d’hier, scindée en deux parties, pour donner autant d’importance aux deux évènement du jour : le départ des hivernants et ma première rencontre avec les empereurs sur le plongeoir de Buffon.
Après mon repas du soir (Menu Best-Of, c’est-à-dire les restes de la semaine, où chacun compose son plat avec gourmandise et équilibre – Et oui à midi c’était frites / cuisses de canard pour les non végétariens et Dahl pour les végétariens. Il fallait donc que je mangeasse équilibré ce soir pour moduler mon excès de ce midi, car je vous épargne le désert à base de pralines… Je sais, je sais, Hélène, j’ai fait un pari de rentrer au même poids qu’au départ… Mais c’était mon premier repas dominical à DDU)….
Après mon repas du soir, la lumière de fin de journée était rasante et chaleureuse à souhait. Je suis donc ressorti avec mon appareil en bandoulière pour collecter quelques clichés mémorables et typiques des lieux histoire que je m’en souvienne dans quelques années.
Et compte tenu de la déjà très riche matière de prise de vues de ma matinée de nouveau « époustouflante » (je suis à court de qualificatif), je ne pouvais pas reporter à demain le récit de ma journée sous peine de réduire ma production professionnelle à un minimum inacceptable par l’Institut polaire français qui m’emploie et qui attend autre chose que des partages de ma mission sur un blog.
Donc je prends sur mon temps libre pour alimenter mon blog.
Ce matin donc, sur les conseils avisés de Christophe, en charge du programme ornithologique, je me suis mis en tête d’aller marcher vers la manchotière des manchots Empereurs. En effet, si on commence à voir des juvéniles plonger depuis la frange de la banquise, c’est que le nombre d’individus de la manchotière diminue drastiquement. En effet, je rappelle aux distraits que les parents sont déjà partis en mer pour affamer leurs juvéniles (20kg) et les obliger à aller piquer une tête dans l’eau et se nourrir tout seul (« Pas de Tanguy chez les manchots ! « Dixit Christophe).
Je me glisse (je m’incruste) dans le groupe de Coralie, qui justement part à la manchotière déplacer un appareil photos qui permet d’effectuer des comptages. MERCI infiniment à elle de m’avoir inclus dans sa petite équipe de néo-ornithologues du jour. Après qu’elle me passe un savon bien mérité en me surprenant dès le départ du laboratoire à marcher d’un pas rapide vers la route du pré, sans me soucier des Adélie qui remontaient la pente, je comprends la critique et me fait tout petit derrière le groupe et évite sagement les manchots en les laissant traverser la route (même en dehors des passages cloutés) : ici l’animal est roi. Ne l’oublions pas. (Il y a quand même 40 000 couples d’Adélie sur les iles et îlots de l’Archipel et 15 000 couples d’Adélie sur l’île principale des Pétrels. Nous sillonnons la banquise du Pré, nous évitons l’île Rostand, nous croisons les premiers empereurs parmi les Adélie, nous sommes survolés par les Skuas, les pétrels, les damiers, les océanites, les pétrels géants, … et nous nous retrouvons au pied de la manchotière qui culmine 50 m plus haut … Au plus fort de la fin de l’hiver, la colonie comptait 4500 couples environs et presqu’autant de poussins. Grâce au comptage obstiné des chercheurs et scientifiques, il s’avère qu’au démarrage de l’été, avant la « marche des empereurs », entre 40% et 50% des poussins sont morts : prédatés, trop faibles, … Les chercheurs et les scientifiques comptent les œufs non couvés, les cadavres de poussins, pour estimer le recensement de la colonie.
Il y a encore quelques jours la colonie comptait donc 6500 individus environ. Il en reste beaucoup moins à présent. Un gros millier de juvéniles et quelques adultes constituent le groupe actuel résiduel. Nous ne nous approchons pas de la colonie, nous écoutons les consignes avisées de Coralie, et nous nous contentons de nos objectifs et jumelles pour admirer le spectacle de ces oiseaux si majestueux, si dodelinant, si duveteux, si mignons, selon qu’ils soient adultes ou juvéniles.
Nous les admirons tout en bombardant Coralie de questions. Elle hiverne depuis 13 mois et reste encore 3 mois sur place. Une hivernante de 16 mois en charge du suivi des colonies de manchots et d’oiseaux. Quelle endurance ! Car nous nous rendons sur place, je vous le rappelle par une belle matinée ensoleillé ! Qu’en est-il en plein hiver et par grand froid quand il s’agit d’aller décharger des cartes mémoires et des changer des batteries…. ? Euh ! je ne sais pas… Cela doit être dur. Vu l’état d’éreintement dans lequel je suis rentré la peau tannée par le soleil malgré deux séances de protection solaire et de baume à lèvres…. En plein hiver, c’est un sacerdoce, passionnant certes, mais qui nécessite une abnégation infaillible sous peine de perturber les collectes de données de cet observatoire, installé en 1952, lorsque mon père avait alors 5 ans ! Jean Prévost, médecin et biologiste de la mission Marret sur l’Île des Pétrels, fut l’un des tous premiers scientifiques à observer une année durant cette colonie suivie de manière quasi ininterrompue depuis (le temps pour les Expéditions Polaires Françaises de revenir en 1956). 70 ans de suivi de la colonie nous contemple, car oui, première grosse information, les manchots reviennent dans leur colonie. Autant les adultes après leur 4 mois de nage hauturière au large de l’Antarctique que les juvéniles qui reviendront dans 3-4 ans. Pourquoi, comment, mystère et boules de gomme !
Les manchots empereurs sont fidèles à 15%. En effet environ 15% d’entre eux reconnaissent leur signature vocale après leur bain glacé, les autres, après quelques vocalisent choisissent un autre partenaire.
Autre information importante, la durée qui sépare la première ponte de la dernière est d’un mois. Si bien que la mue des juvéniles s’étalent normalement sur un mois. Cette année a été particulièrement tempêtueuse et les chercheurs supposent que les premiers poussins ont souffert et composent la majeure partie des 2000 poussins morts. C’est pourquoi, j’ai l’immense chance de pouvoir admirer les empereurs cette année et leurs juvéniles aussi tard dans la saison. Ils auraient dû être partis. Ils ne m’ont pas attendu intentionnellement, c’est juste qu’il reste les juvéniles nés tardivement dans la saison. Il y aurait tant de choses à dire, sur les empereurs, que j’ai appris aujourd’hui, mais, si vous voulez que je ne me couche pas trop tard et que je petit-déjeune dans les délais, j’écourte la séance de sciences et vie de la terre.
Nous rentrons au laboratoire après avoir admiré les pétrels géants (20 couples dans l’archipels), les skuas (70 couples sur l’île des pétrels) et des phoques de Wedell en nombre, signe que les trous d’eau se multiplient et que la banquise se réduit.
Coralie met un point d’honneur à conclure le rituel de sortie ornitho par une tisane excellente et une cuiller de miel maison, plus qu’appréciée par les néophytes que nous étions ce matin.
Nous posons nos dernières questions avant d’aller reprendre des forces avec le repas dominical décrit plus haut.
Après le repas, Nicolas, mon collègue électricien en charge de l’éolienne installée sur l’île du Lion, nous invite à une excursion digestive bienvenue pour un exposé sur place du fonctionnement du moulin à vent. Il s’agit d’une éolienne de petite puissance (20kW) à rotor vertical. L’éolienne tourne sans interruption depuis une semaine, signe que les vents sont continus et forts mais pas puissants (au-delà de 90 km/h, l’éolienne s’arrête de tourner). L’électricité produite est directement injectée sur le réseau à la sortie de l’onduleur : pas de batteries de stockage pour l’instant).
Nicolas nous fait un test de fonctionnement du système d’arrêt d’urgence au moment où le vent mollit, validant les prévisions de nos collègues météorologues présents sur le site. La machine s’arrête confirmant le parfait état de marche des freins à disque et des freins électriques (court-circuit).
A nous de jouer ! C’est-à-dire à nous de redémarrer l’éolienne ! Première étape, passer une corde sur un des bras des pales verticales. Puis c’est parti pour 10 tours de manège au galop…. Hélas, le poids de la structure volante et le trop faible vent ne nous permette pas de relancer la machine, qui se serait arrêté quelques minutes plus tard, faute de vent. En tout cas si le rire produisait de l’énergie, nous en aurions produit un bon terra watt heure car toute l’équipe s’est bien gondolée de rires en me voyant essayer à 10 reprises de passer la corde sur le bras de la structure. Je suis définitivement un gars de l’Argoat et non pas un gars de l’Armor. N’est pas marin qui veut, ne lance pas la touline qui veut ! Soupir !
Sur le chemin du retour, bien vanné par mes galops équins autour du pylône de l’éolienne, je m’asseois seul sur mon belvédère favori face au plongeoir du Buffon, où alors que je voulais admirer les compétitions de plongeons acrobatiques des Adélie, j’aperçois un empereur adulte et un juvénile, bien chétif dans son ombre.
Et c’est parti pour une séance d’observations du plongeon de notre puceau des bassins.
Ma patience a été récompensée par un plongeon missile de notre juvénile, mais qui devait trouver l’eau trop froide à son goût et qui a finit par ressortir au prix d’un bel effort !
Voilà la journée s’est terminée sur ces exploits aquatiques.
J’ai glissé mon nom dans l’urne du noël surprise. Je recevrai donc un cadeau surprise de la personne qui tirera mon nom de l’urne et j’offrirai un cadeau surprise à la personne dont je tirerai le nom de l’urne (une méga boite Belin, on recycle en Antarctique). Suspense ! Et cela nous fait penser que Noël approche partout dans le monde, y compris ici, sans vitrines ni publicités. Nous avons quand même un sapin dans la salle commune du séjour.
Comme évoqué en introduction, je suis ressorti profiter de la lumière rasante pour prendre des jolies photos et me voici en train de taper le point final de ce trois pages.
PS : je ferai plus court les prochains jours ;-) car je ne serai en repos dominical que les dimanches, et mes photos du jour seront plus techniques en semaine et en lien avec la raison de ma venue ici : proposer un plan de modernisation de la station Dumont d’Urville !
Ca y est on est dimanche soir 23h20 (soit 14h20 pour vous qui sortez à présent de table après un copieux repas dominical avec un bon dessert de votre choix. Allez c'est à votre tour d'aller dehors courir avec une corde pour redémarrer votre éolienne...)
Bravo pour ce triptyque dominical qui nous propulse à l'autre bout de la planète en nous permettant de nous coucher moins bête !
RépondreSupprimerTu nous permet de faire de la biologie (marine et animale), de l'éthologie, de la mécanique, de la physique mais surtout des sciences humaines (sociologie, ethnologie) en étant tranquillou-pépouze dans notre maisonnée... en y ajoutant une pincée de sublimes photos pour nous faciliter le choix des thèmes qui peupleront nos rêves.
On doit être quelques uns à pouvoir faire un mot à l'IPEV pour que tu puisses justifier d'enregistrer tes temps sous un code action "communication" ;-)
Jo