J7 à DDU
Je me réveille seul dans ma chambre n°10 du dortoir été.
Le souvenir d’un mouvement nocturne de mon coturne cette nuit me revient. Il n’a pas dû supporter mon ronflement supersonique amplifié par mon verre de vin rouge savouré la veille au soir lors de la réception donnée par le DISTA en l’honneur de la TA74, de l’équipage de l’Astrolabe, des inspecteurs australiens chargés d’évaluer notre station et des invités Olivier Poivre d’Arvor, Thomas Pesquet.
Je rejoins le séjour pour prendre un petit déjeuner réconfortant.
J’enchaîne avec le briefing sécurité et accueil dans la station Dumont d’Urville exposé par le DISTA : organisation, consignes, sécurité, risques banquise, déchets, …
Nous terminons la matinée en sortie banquise pour appréhender les risques associés à cette matière mouvante en ce début d’été austral. L’archipel de pointe Géologie est découpé en 4 zones :
- - Zone 1 : on est en sécurité totale, on prévient juste que l’on y va avec une radio
- - Zone 2 : on est en sécurité, on y va à deux avec deux radios et des équipements
- - Zone 3 : il y a quelques risques, on y va à trois avec deux radios et des équipements
- - Zone 4 : on n’y va pas
Nous marchons au sud de l’île des Pétrels sur la banquise du pré. Nous observons sur l’île voisine, les ornithologues avec une cane qui observent les nids des pétrels des neige. Nous suivons ou croisons nos compagnons insulaires que sont les manchots adélie. Nous apercevons les manchots empereurs qui se déplacent entre la banquise et la manchotière. Nous tombons nez à nez avec 3 phoques de Wedell et cherchons perplexes le trou de glace qui leur aurait permis de sortir se reposer ici.
Nous terminons par une observation de faille de la banquise et du piège que pourrait nous tendre la présence d’un pont de neige.
Retour au séjour pour un briefing complet sur la gestion des déchets. Ce n’est pas qu’un simple slogan que de dire que la gestion des déchets est importante, il faut faciliter au maximum la chaîne de collecte pour optimiser les chances d’atteindre les objectifs d’un recyclage complet et d’un colisage bien organisé vers la France.
En début d’après-midi, je rejoins ma directrice Emilie et mon directeur des opérations Antarctique pour parcourir les points stratégiques de la station avec l’ambassadeur des pôles Olivier Poivre d’Arvor et insister sur les points importants du projet de modernisation :
- - Vétusté des installations techniques
- - Enorme charge de travail pour les équipes hivernantes pour leurs opérations de quart centrale aux détriments des autres tâches dans la station
- - Eclatement des bâtiments
- - Accès difficile à l’hôpital
- - Réseau tentaculaire des congères qui bloquent des passages et qui donnent du travail aux hivernants pour les retirer
- - Performance thermique des bâtiments moyenne malgré une rénovation et une isolation bienvenue des façades et toitures,
- - Complexité de l’approvisionnement et de la chaîne logistique des sites depuis l’Île du Lion
- - Un relief cahotique contradictoire avec des perspectives d’aménagement optimisé
- - Une station en forme de village parmi les colonies d’oiseaux et manchots
Nos messages ont passés et alimentent nos réflexions collectives que nous poursuivons par un temps d’échange formel dans la bibliothèque. La présence de livres et bande dessinées nous inspirent des scénarios avant-gardiste pour la modernisation du site. Mon taux d’hémoglobine est bien remonté depuis mon passage à Concordia et me laisse enfin le loisir de réfléchir sereinement et rapidement (ce qui n’était absolument pas le cas là-haut).
Nous terminons la soirée par un temps d’échange avec l’ensemble des personnels partants et arrivants autour des sujets tels que les bénéfices attendus de la science pratiquée à DDU, des conditions de vie, de la cohabitation avec les colonies … Les langues se délient.
La parole des nouveaux et futurs habitants de la station est précieuse dès lors qu’il s’agit d’imaginer la station de demain. L’institut polaire français est un opérateur logistique au service des programmes scientifiques. Il ne faut pas l’oublier. Nous ne projetons pas des hommes et des matériels en milieu polaire uniquement pour avoir la satisfaction d’avoir relevé ce défi logistique.
Il est tard, je m’apprête à rejoindre Morphée au dortoir été… mais non, je reste profiter des dernières heures des hivernants sortants de la TA 73 pour continuer l’analyse du site et de ses contraintes. Chaque minute de ma mission sur place est précieuse et doit être valorisée. Je ne reviendrai pas tous les ans sur place pour effectuer ce type d’échanges.
Ma place ici est utile est nécessaire. Mais les places sont rares, et j’ai bien conscience que ma présence l’est au détriments d’autres personnels. J’optimise donc au maximum mon temps.
PS : le petit souci ici, comme à Concordia, c’est qu’à 1h du matin il fait aussi jour qu’à 13h de l’après midi ;-)
Est-ce que tu as imaginé mettre en place des ateliers de co-design avec les anciens occupants de la station ? Tu gardes la maitrise technique liées aux contraintes physiques/thermiques/logistiques... et aux coûts, mais par thème, tu fais réfléchir des anciens occupants a quoi pourraient ressembler les nouveaux locaux ?
RépondreSupprimerOn le fait parfois sur des batiments agricoles, avec la vision de citoyens/asso de defense du bien être animal. Ca permet d'etre créatif, appliqué aux demandes des utilisateurs des lieux tout en permettant à chacun d'entendre les contraintes des lieux et d'un chantier de renouvellement.